La Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton

Slip and Slide

Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

Plus tôt cette année, alors que nous nous relevions d’un blizzard tout en attendant une tempête, il m’est venu une réflexion au sujet de la gestion de risque à notre institution.

Le running gag ici, c’est de proposer de faire un slip and slide pour les journées d’accueil. Tout le monde badtrippe. Ça, ou du crazy carpet sur la butte derrière Lafrance. Dès qu’il y a une possibilité de danger ou de blessure (et/ou de fun), l’Université met le holà. Ce sont deux exemples qui peuvent être jugés plus risqués, évidemment, mais d’autres activités plus banales sont interdites pour les mêmes raisons – jouer au soccer sur les anciens terrains (de soccer) l’autre bord de l’Avenue Université, ou sur toute autre surface gazonnée que le Stade, par exemple. Essayez d’aller jouer au Stade, juste pour voir.

Bref, le mot d’ordre c’est la sécurité, car « L'Université de Moncton reconnaît sa responsabilité et ses obligations en matière de prévention des accidents [et] reconnaît celles de pourvoir aux membres de la communauté universitaire un environnement sécuritaire, propice à leur bien-être. » (UMoncton). Rappelons au besoin que ceci inclut les étudiant.e.s (UMoncton).

Et pour ce faire, l’Université utilise tous les moyens à sa disposition.

Parmi ces moyens on compte la politique d’activités d’intégration (UMoncton) adoptée en juillet 2016 et mise en application lors de la dernière rentrée. Il y a eu quelques accrochages, surtout liés au pouvoir de l’institution à mettre fin à une activité étudiante « non conforme » et à imposer des sanctions (Acadie Nouvelle), de même que pour des exigences jugées excessives pour l’organisation. Tout cela s’applique même en-dehors du campus, du moins en principe. La question des tournées des bars, déjà interdites dans plusieurs institutions, et de la consommation d’alcool est abordée dans la politique.

Et pourtant, à la demande de l’Université, tous les conseils étudiants sont des entités séparées de l’Université, des organismes indépendants assurés à leur propre compte et à leurs frais. Ça se veut un moyen de passer la responsabilité aux conseils pour leurs propres activités. Ce qui se défend, à la rigueur.

Évidemment la politique d’activités d’intégration vise à protéger les étudiant.e.s (des risques de la consommation abusive d’alcool, entre autres) mais aussi l’institution elle-même. Étant responsable de la sécurité des étudiant.e.s elle veut éviter qu’un scénario de cauchemar comme à DAL (CBC), Acadia (CBC), ou STU (CTV) puisse se produire ici. Et, si le pire devait se produire, que l’institution ait fait au préalable tout ce qui était en son pouvoir; ce qui se résume tristement à dire que le doigt puisse être pointé ailleurs. On ne peut prévoir l’imprévisible.

On ne créé par des politiques juste pour le fun. N’allez pas croire que je critique l’existence d’une politique en la matière, loin de là. Même sur les choses qui sont en-dehors du contrôle de l’institution, ça a encore le mérite de guider les pratiques.

Vous attendez le lien avec les tempêtes, hein? Ça s’en vient. Mais avant : l’alcool.

L’Université de Moncton n’a pas de politique d’alcool (bien que la chose se discute – depuis des années), mais on retrouve des dispositions liées à la consommation, à la vente et à la possession d’alcool dans plusieurs politiques universitaires : dans les procédures et règlements du Service de logement, par exemple (Point 6, UMoncton). Ça couvre l’Université contre les problèmes qui peuvent avoir lieu sur le campus, mais pas contre ceux qui pourraient arriver pendant une tournée des bars, par exemple. C’est pourquoi la nouvelle politique d’activités d’intégration interdit spécifiquement ce type d’activités, même si elle n’a aucune juridiction sur les endroits où elles peuvent se tenir. L’Université se donne une certaine juridiction sur les étudiants, par contre.

Il faut dire qu’une partie de la population étudiante est âgée de moins de 19 ans, et n’a donc pas l’âge légal de consommer de l’alcool. La plupart des nouveaux étudiants tombent dans cette catégorie, d’où l’idée de cibler les activités d’intégration. Sauf que l’interdiction touche tous les étudiants, et pas seulement les mineurs.

Tout de même, sachant le zèle de l’Université à protéger les étudiants contre des choses sur lesquelles elle n’exerce que peu ou pas de contrôle (comme la consommation d’alcool) on en vient à se demander, parfois, quel raisonnement est appliqué quand vient le moment de fermer le campus pour cause d’intempéries.

On a certainement l’impression que la décision de fermer ou d’ouvrir l’Université dépend principalement des conditions qui prévalent dans un rayon de deux à trois kilomètres du campus, par moments. Parlant d’expérience, je peux de vous dire que des fois, plus loin, il ne fait pas aussi beau. L’inverse est aussi vrai. Et la longueur du trajet n’y a pas toujours autant à voir que le moyen de transport utilisé. Avez-vous déjà eu l’idée farfelue de marcher dans la rue en pleine tempête, avec des voitures qui dérapent tout autour? Ben ça, c’est exactement ce qui peut arriver quand les trottoirs ne sont pas dégagés.

Pas besoin d’aller loin pour que ça aille mal, en somme. Ni vite.

Et la température, comme la consommation d’alcool, c’est une chose sur laquelle l’Université peut faire de la sensibilisation, promouvoir des comportements sécuritaires, mais qu’elle ne peut pas contrôler.

Dans la Politique d’activité d’intégration on peut lire que les tournées des bars « ne sont pas permises en raison de leur incitation à la consommation à risque et excessive d’alcool qui peut entraîner un danger pour la santé et la sécurité des personnes de même qu’un risque de conduites causant des dommages. » C’est clair. Mais pour les risques en cas de tempête? Pas tellement.

La page Info-tempête de l’UMCM (UMoncton) nous dit que « la décision de fermer le campus en est une de dernier recours [qui] vise d’abord à assurer la sécurité des personnes et le bien-être des membres de la communauté universitaire. » Cette décision s’appuie sur un nombre de critères, dont l’état des routes, des avenues, trottoirs et stationnements du campus, ainsi que les conditions et prévisions météorologiques d’Environnement Canada.

Mais les prévisions? Ça peut rater la cible. Ça, on en a vu un exemple à Fredericton l’hiver dernier, alors que UNB et STU ont décidé de garder leurs portes ouvertes alors que le CCNB les fermait. Les critiques ont d’ailleurs été nombreuses (CBC).

L’état des routes? Ça change vite pour le pire, comme ça peut varier d’un endroit à l’autre. Et on n’a pas encore parlé de visibilité, non plus. L’Université reconnaît « qu’il peut exister des conditions météorologiques ou routières particulières à certains endroits », et ajoute qu’ « il est de la responsabilité des individus de s’assurer de leur sécurité personnelle. »

C’est là que ça ne devient plus aussi clair.

Parce que, quand on lit dans les règlements du premier cycle que « un trop grand nombre d’absences à un cours peut entraîner [...] l’obligation pour l’étudiante ou l’étudiant de se retirer du cours » ou encore que « toute absence à une épreuve de contrôle jugée importante entraîne l’attribution de la lettre E pour cette épreuve, à moins [...] que cette absence découle de circonstances indépendantes de sa volonté » (UMoncton), on peut se réconforter en disant que le bon sens couvre les jours de tempête quand l’Université ne ferme pas ses portes.

Mais est-ce qu’il les couvre? Il semble que ce soit laissé à la discrétion des profs. De plus, le fait qu’il n’y ait pas de disposition dans les règlements du 1er cycle visant les absences en cas d’intempérie donne certainement l’impression que l’interprétation sera plus punitive que permissive. Dans ces circonstances, l’étudiant.e jugeant qu’il n’est pas sécuritaire de se rendre au campus (ou éventuellement d’en revenir) n’a pas vraiment toute la liberté de faire sa décision en étant libre des conséquences, malgré le fait que le choix soit affecté par des circonstances hors de son contrôle, à savoir la température.

Si on a affaire à des buveurs novices, d’ailleurs, on a aussi affaire à de jeunes conducteurs, faut-il le rappeler.

Il y a comme une incohérence.

Je me suis dit que, pour le fun, on devrait regarder les dispositions qui visent les employé.e.s. Après tout, ces dernières ont l’habitude d’être très claire, syndicat oblige.

Bref, d’entrée de jeu, « La politique générale de l'Université veut que le fonctionnement de l'institution ne soit pas interrompu, à moins de circonstances extraordinaires. » (UMoncton). Reste donc à voir quelles sont ces circonstances. La convention collective de l’ABPPUM, qui a préséance sur les politiques des ressources humaines, précise à l’article 29 que « Durant les tempêtes de neige ou autres conditions météorologiques susceptibles de mettre les personnes en danger, l’Employeur prend les mesures d'urgence suffisamment tôt, y compris la cessation des activités académiques. »

Alors : si les conditions météo posent un danger aux professeurs, l’Université doit fermer assez tôt pour – j’interprète – ne pas qu’ils se dirigent inutilement vers le campus. Les employé.e.s réguliers sont payés pour les jours de fermeture, mais les étudiant.e.s ne sont pas remboursés. La fermeture du campus pour mesures d’urgence est d’ailleurs le seul motif valable pour refuser aux profs l’accès à leur lieu de travail.

Et si, comme ce fut le cas à UNB, des profs jugent justement qu’il est trop hasardeux de se rendre sur le campus pour y donner leur cours? Ou encore, qu’ils ne veulent pas faire courir ce risque à leurs étudiants? Qui devient alors responsable de leur sécurité? L’étudiant.e victime d’un accident en route vers le campus pour un cours qui aurait été annulé par son prof alors qu’il est en chemin, ou qui n’avait pas accès à l’internet, à la télé ou au téléphone en raison des intempéries, on en ferait quoi?

Ça mes amis, je vous dirai que ça dépendra entièrement de la qualité de l’avocat que ses parents auront les moyens d’embaucher.

Et, si vous croyez que je monte sur mes grands chevaux pour un cas irréaliste, j’ai trois mots pour vous : slip and slide.

Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

Nous joindre

Heures de bureau de la FÉÉCUM
De 8h à 16h du lundi au vendredi
Local B-101 du Centre étudiant

Adresse postale
La Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton
Centre étudiant
Centre universitaire de Moncton
Moncton, NB
E1A 3E9

Téléphone: 506-858-4484
Télécopieur: 506-858-4503