La Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton

Elite MUN
Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

La bisbille récente à l’Université Memorial de Terre-Neuve (MUN) continue de nous offrir un condensé, dans sa très grande laideur, des mentalités animant le débat sur le financement de l’éducation postsecondaire.

J’avoue que je pensais que ce serait fini une fois que le conseil des gouverneurs a adopté une hausse de la scolarité en dépit de la politique provinciale à Terre-Neuve (CBC).

On croirait que ça s’est fait sans broncher, mais ce n’est pas vrai. Y’a quelques gouverneurs qui se sont levés et ont quitté la salle quand des protestataires y ont fait irruption. Et menteur que je suis : la scolarité n’a haussé que pour les étudiant.e.s de l’extérieur de TNL, et à compter de la rentrée 2018. À ce moment par contre, de nouveaux frais afférents totalisant 700$ / année ou plus pour tous les étudiant.e.s à temps plein seront imposés à MUN (FÉÉCUM). Le plan de MUN prévoit que le gel pour les étudiant.e.s originaires de TNL soit maintenu jusqu’en 2021 (MUN), soit le temps d’une cohorte au prix actuel.

C’est l’infrastructure, vous voyez : ça fait des années qu’on la néglige et on en est au point où des pièces commencent à se détacher et tomber. S’il fallait que quelqu’un soit blessé et poursuive MUN? Voilà que soudainement l’infrastructure devient une priorité.

Je ne dis pas aux dépens de l’éducation, non : mais il aurait été pertinent de s’en occuper avant aujourd’hui, au lieu de laisser le tout tomber dans un état tel qu’il semble, vu d’ici, que l’objectif était de forcer le gouvernement à intervenir. Et au même moment, on voit le gouvernement qui coupe les subventions en arguant que l’institution est gérée de manière inefficiente.

Deux coqs qui se grichent, quoi.

Les priorités dans le monde universitaire sont une chose parfois mystifiante.

Mais bref, le débat revient dans l’espace public parce que le doyen de la Faculté d’administration de MUN, Wilfred Zerbe, a cru bon d’exprimer son opinion lors de la cérémonie de remise des diplômes. Pour l’essentiel, il propose de demander aux étudiant.e.s de l’extérieur de la province le coût «réel» des programmes de MUN – dont il souligne la qualité – car (je traduis) : « il serait possible de facturer ce que le marché accepterait pour des programmes de grande qualité avec de bonnes mesures de soutien et demander une scolarité qui reflète cette valeur. Et demander ce prix pour tous nos étudiants. Alors nous créons un système qui nous permet de subventionner les étudiants locaux là où nous voulons promouvoir l’accessibilité. » (CBC).

D’une part, c’est fonder un système sur l’iniquité, mais d’un autre côté j’imagine que Zerbe peut se réconforter en pensant que si l’accessibilité des études était problématique les étudiant.e.s de l’extérieur choisiraient une institution plus près d’eux. Le marché, quoi : les candidat.e.s visés par MUN à l’extérieur de la province sont ceux qui ont les moyens (voire le désir, à l’écouter parler) de payer plus, on le devine , et non pas d’accéder à une éducation de qualité à un prix raisonnable.

Sauf que. Sauf que...

Ses propos suggèrent essentiellement que la qualité de l’éducation – car c’est ce qui apporte les étudiant.e.s à MUN d’après Zerbe – est une fonction de son prix. Pour faire simple : plus c’est cher, meilleure est la qualité, point. Zerbe explique la chose comme suit (je traduis) : « on reçoit des demandes d’étudiants qui disent « parlez-moi de la qualité de votre programme? » Parce qu’ils associent qualité avec prix. Et ils s’inquiètent quand le prix est si bas que la qualité aussi sera basse. On doit leur parler à propos de [...] toutes les choses qu’on fait pour s’assurer que nous avons des programmes de grande qualité. »

Alors, si c’était cher en partant, on arrêterait de se questionner sur la qualité?

Le pire, c’est que Zerbe a peut-être raison de le croire.

C’est une logique qui s’applique aux biens de consommation, pas aux services publics. Car il convient encore de considérer l’éducation postsecondaire comme une forme de service public; une où l’usager doit défrayer une partie des frais, il est vrai, mais un coût moins élevé du fait que ce service est subventionné.

Or, la qualité d’un service public, ou d’un service subventionné par le public, dépend-elle du coût à l’usager? Le système scolaire est gratuit au Canada, largement parce que l’éducation est obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans (18 ans au N-B) : que dire de la qualité de l’éducation? Est-elle véritablement si différente d’une école à l’autre? Le programme est le même, le parcours est le même : tout le monde en sort-il avec un bagage identique? Non : chacun.e en tirera avantage à divers degrés suivant sa capacité, le soutien reçu, son intérêt, et le degré d’investissement personnel dans ses études.

Difficile d’éviter de faire le parallèle avec le système de santé, aussi gratuit pour les citoyens canadiens. Dirait-on que la qualité des soins qui y sont reçus est moindre que celle reçue dans le système public américain, où l’usager est facturé pour son séjour?

Cela dit, la qualité de quoi que ce soit repose-t-elle sur son prix? Je veux dire : il faut demander un prix qui permette de maintenir ou d’améliorer la qualité de ce qu’on offre, mais d’après Zerbe les programmes sont déjà de qualité et on devrait augmenter le prix pour refléter cette qualité? C’est d’une absurdité.

À l’écouter, on croirait qu’il pense rendre service en augmentant le coût des études.

Pourtant, la qualité de l’éducation (au sens de son résultat : puisqu’on choisit de parler de l’éducation comme d’un bien de consommation il faut inévitablement parler de retour sur l’investissement) passe obligatoirement, comme dans le milieu scolaire, par l’étudiant.e : c’est ce qui en sera fait par l’étudiant.e qui lui donnera sa qualité et sa valeur. Pensez-y une seconde : comment pratiquement toutes les universités font leur promotion auprès du public? Par les histoires à succès de leurs étudiant.e.s et de leurs ancien.ne.s. Regardez cette étudiante comme elle bien ici – ça pourrait être vous!

C’est ce que l’étudiant.e sera en mesure d’accomplir qui déterminera ultimement la qualité de l’éducation reçue. Un peu comme si l’Université était un vélo : tout le monde peut recevoir le même, mais ce n’est pas tout le monde qui pourra en tirer le maximum. Le tout – ou du moins une bonne partie du résultat – dépend de l’effort qui sera déployé et du temps consacré, sans oublier l’aide reçue en cours de route.

Les avis sont assez unanimes sur ce point : ce n’est pas d’où provient le diplôme qui fait la qualité du document, mais bien l’usage qu’en fera la personne qui le détient.

Pour cette raison, je ne vois pas pourquoi on ferait erreur en tentant de rendre les études postsecondaires le plus abordables possible. Et pour tout le monde. Oui, il y en a qui viennent et qui repartent, mais il y en a qui restent. On a cruellement besoin de plus de ces derniers. Que le coût soit différent pour les étudiant.e.s de l’extérieur passe encore – contribution aux finances de la province et tout ça -, mais de là à dire qu’il faut leur charger un maximum simplement parce qu’on peut? Viendront-ils encore?

Enfin, je ne vois pas ce que le prestige a à faire dans la qualité de l’éducation.

Mais plus on coûte cher, meilleur on est, forcément. On voyait déjà ce point de vue se manifester du côté de l’administration avant l’adoption du budget, quand une vice-rectrice a justifié les dépenses (g)astronomiques de l’administration en disant qu’on n’allait tout de même pas nourrir la visite avec des sandwichs au beurre de pinottes (CBC).

J’imagine qu’on est l’élite, ou on l’est pas.

Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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